J65 – Réjouissances et contrariétés

Analyse de Mathieu Morverand, routeur de Rémy et d’Olivier Montiel.

Peu de temps après Antonio de la Rosa, quatre nouveaux rameurs ont coupé la ligne d’arrivée sous les île du Salut. A l’initiative de Laurent qui en terminait avant l’aurore, cette arrivée relativement groupée est à l’image de la navigation serrée que ce groupe a observé tout au long de la traversée. Quelques heures après Laurent, Salomé, Richard et Jean-Pierre sont en effet arrivés très  proches les uns des autres. Les traits tirés, fatigués et amaigris, ils ont pu néanmoins fêter les réjouissances de ce moment magique avec une foule nombreuse venue les accueillir. Ils sont maintenant onze encore en mer.

Positions, vents et courants au 22 décembre

Positions, vents et courants au 22 décembre

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J64 – Joie et Tristesse

Analyse de Mathieu Morverand, routeur de Rémy et d’Olivier Montiel.

64 jours, 3 heures et 30 minutes, voilà le temps qu’il aura fallu pour que le 1er rameur couvre les 2146 milles (3975 km) – bien plus en réalité – de la traversée de l’Atlantique entre le Sénégal et la Guyane. La victoire est belle et l’espagnol Antonio de la Rosa ne doit ce succès qu’à sa détermination et à sa force morale qui lui auront permis de surmonter un à un tous les obstacles qui ont jalonné chaque mille de ce long parcours semé d’embûches. Dès le départ, il a laissé la côte derrière lui et n’a eu de cesse alors de partir en quête du grand Large malgré ces vents d’Est qui le repoussaient obstinément vers l’Afrique. Profitant de chaque opportunité, il aura su finalement trouver la bonne passe pour s’extirper de ce mauvais pas et filer parmi le groupe de tête qu’il ne quittera plus. Partisan de la route du Nord, il y a cru jusqu’au bout, poussant son cap le plus loin possible dans l’ouest afin de devancer ses adversaires à la faveur d’une bonne veine à travers ce maelström géant. Le pari fût risqué mais il y parvint brillement. Dès lors, avec une avance confortable, personne ne put revenir dans son sillage, son triomphe est amplement mérité. Si l’édition 2012 fut celle du gros temps, celle qui s’achève marquera durablement les esprits par sa durée, et ses nombreux rebondissements. Après le temps des craintes et de l’impatience quotidiennes, voici venu pour le madrilène celui des réjouissances et des plaisirs simples de la vie de terrien près des siens. Lire la suite

J63 – 20 décembre 2014 : Rien est écrit à l’avance

Analyse de Mathieu Morverand, routeur de Rémy et d’Olivier Montiel.

L’impermanence de ces courants océaniques et la soudaineté de ces remontées de la Zone Intertropicale de Convergence (ZIC) sont difficilement compatibles avec l’idée d’une traversée réglée comme une horloge suisse. Avant de partir, les rameurs s’en doutaient un peu même si ils ambitionnaient secrètement d’égaler les temps de leurs pairs lors des trois précédentes éditions en 2006, 2009 et surtout 2012. A quelques jours près, le premier à couper à ligne de cette édition 2014 mettra presque le double de jours que le vainqueur de la précédente édition, qui passait la ligne de l’Enfant Perdu après 37 jours de mer. A n’en pas douter, cette traversée aura mis le coup de grâce à toutes les certitudes et aux éventuels paradigmes qui pouvaient auréoler ce type d’aventure. Et c’est tant mieux ! Cela nous rappelle en effet notre condition d’être humain, nécessairement humble face à un élément aussi vaste et  imprévisible que l’océan. L’épopée vécue par ces 16 femmes et hommes depuis plus de deux mois à présent brise en éclats cette banalisation que les récits trop contemporains ont fini par distiller dans l’opinion, laissant croire à tort qu’il suffit d’avoir envie pour se lancer, que les vents et les courants feront le reste, qu’il ne peut en être autrement. Au milieu de nulle part, coincé entre deux hémisphères, rien est écrit à l’avance. Pas même à quelques heures du dénouement. Lire la suite

J62 – Une aventure à 360°

Analyse de Mathieu Morverand, routeur de Rémy et d’Olivier Montiel.

Ce soir, le premier rameur se situe à moins de 100 milles (180 km) de la ligne d’arrivée sous les îles du Salut. Antonio de la Rosa pourrait couper le ruban dans la journée de dimanche, devenant ainsi le premier espagnol à remporter cette épreuve de la traversée de l’Atlantique à la rame « Rames – Guyane ». Un exploit d’autant plus mémorable lorsque l’on sait ce que les skippers de cette édition ont dû endurer tout au long de leur interminable périple. Compétiteur de la première heure, il se sera battu dès le début de course sans jamais rien lâcher, occupant le groupe de tête quasiment depuis le départ. Fin stratège, il aura su négocier au mieux le passage de cette zone éminemment tourmentée par un maelström géant pour devancer ses principaux rivaux. Tandis que le reste de la flottille préférait une option Sud plus sûre, il tentait lui de filer tout droit à travers cette veine au risque d’être emporté trop au Nord. Mais grâce à des vents de Nord-Est revenus sur zone, il est parvenu à franchir ce dernier obstacle quasiment sans modifier son cap, ce qui lui procurait alors une confortable avance sur ses poursuivants les plus immédiats, Olivier D. au Sud-Est et Laurent à l’Est. Avec un stock de vivres au plus bas, comme de nombreux autres rameurs à présent, il se dit pressé d’arriver et de terminer de la plus belle manière qui soit cette belle aventure.

Positions, vents et courants au 19 décembre

Positions, vents et courants au 19 décembre

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J61 – Des pointes à près de 5 nœuds

Analyse de Mathieu Morverand, routeur de Rémy et d’Olivier Montiel.

Antonio de la Rosa, le rameur madrilène conserve la tête de la course et se dirigerait vers une possible victoire, mais sa trace inquiète nombre d’analystes qui le voient emporté par la puissante veine du courant sud-équatorial qui le pousse vers le Nord et qui pourrait l’empêcher de franchir la ligne d’arrivée. Toutefois, ne s’agirait-il pas plutôt d’une fine stratégie de la part de cet aventurier aguerri ? Celle-ci viserait à profiter le plus longtemps possible des faveurs de ce courant avant de plonger dans la zone qui précède l’arrivée où les courants paraissent moins forts. Pour l’instant, il se trouve encore au sud de la latitude des îles du Salut et a maintenant atteint l’autre côté de la veine dont il a quitté le flux principal. Il s’est donc extirpé en grande partie du risque de dériver au Nord à moins de subir un nouveau souffle de Sud-Est à la faveur d’une énième remontée de la ZIC. Le paradoxe de cette aventure réside dans sa capacité à nous surprendre chaque heure en dépit de la vitesse très lente de ces bateaux.

Positions, vents et courants au 18 décembre

Positions, vents et courants au 18 décembre

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J60 – Deux mois de traversée pas si solitaire

Analyse de Mathieu Morverand, routeur de Rémy et d’Olivier Montiel.

Et voilà, nous y sommes ! 60 jours : deux mois que nos rameurs sont en mer et que la ligne d’arrivée sous les îles du Salut n’est toujours pas en vue. Si les bookmakers les plus pessimistes avaient fait des paris le jour de départ à Dakar, ils seraient riches aujourd’hui car personne n’auraient pu imaginer que l’édition 2014 de la traversée Rames Guyane battrait ainsi tous les records de durée. Mais cette interminable attente suscite peu à peu une curiosité et une admiration qui ne cessent de grandir au fil des jours bien au-delà du seul cercle des proches et des amis. Les messages de soutien et d’encouragement n’en finissent plus d’affluer, ce qui fait dire à Salomé, sensible à cette attention spontanée, que cette traversée n’est finalement pas si solitaire, c’est aussi celle de toute une communauté, famille, amis mais aussi simples observateurs. La question centrale qui taraude tous ces esprits viscéralement accrochés à l’aventure et au sort de ses acteurs est de savoir combien de temps il faudra encore aux rameurs avant qu’ils ne retrouvent la terre ferme et leur vie de terrien, désormais très loin dans leur sillage. Lire la suite

J59 – Des moments de solitude éprouvants

Analyse de Mathieu Morverand, routeur de Rémy et d’Olivier Montiel.

On l’espérait tellement qu’on avait fini par douter qu’il existe vraiment. Et pourtant, le compteur s’est affolé ce matin pour Olivier D. avec des pointes à plus de 4 nœuds, preuve qu’il a accroché le fameux courant sud-équatorial tant convoité. Dans cette veine, les choses vont beaucoup plus vite et le décompte du temps qui reste jusqu’à la ligne se déclenche enfin de manière concrète et mesurable. L’estimation d’une date  prend un sens objectif et ne risque plus de conduire à une nouvelle désillusion. Et comme un bonheur arrive souvent accompagné, voilà qu’en fouillant au fond de ses cales, Olivier a remis la main sur son matériel de pêche avec lequel, deux heures plus tard, il attrapait une belle bonite, l’équivalent de deux repas, une aubaine pour lui qui se rationne depuis bientôt une semaine. Conscient que cette veine de courant n’est pas orientée au mieux, il reste vigilent, mais se prépare malgré tout à une arrivée imminente et une éventuelle victoire qu’il pourrait disputer à l’espagnol Antonio, adepte de l’option Nord, très proche lui aussi de ce fameux courant après trois jours d’immobilisme. Le mauvais esprit qui malmène nos rameurs depuis si longtemps se serait-il finalement lassé de jouer avec leurs sorts ?

Positions, vents et courants au 16 décembre

Positions, vents et courants au 16 décembre

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J58 – Des sentiments exacerbés

Analyse de Mathieu Morverand, routeur de Rémy et d’Olivier Montiel.

En Afrique, les skippers nourrissaient l’espoir de surfer dans le sillage de leurs prédécesseurs de l’édition 2012. Pourquoi ne pas y croire en effet ? Les vents au large s’annonçaient des plus propices et la zone tourmentée qui sévissait déjà devant le delta de l’Amazone avait largement le temps de s’évanouir et de laisser place à un franc et puissant courant sud-équatorial favorable. Alimentées par l’optimisme de circonstance avant un tel départ, ces paroles réconfortaient tant les rameurs que leurs proches venus à Dakar les encourager. Dans cette ambiance, nul besoin de surcharger le bateau, autant le rendre léger en optimisant les masses embarquées et notamment la nourriture.

Au-delà même de cette question de la période, dont seuls les « experts » prétendent qu’elle n’était pas idéale – un peu comme la saison des pluies de l’an passé au cours de laquelle il n’est finalement tombé aucune goutte –  force nous est de reconnaître que l’océan ne cessera jamais de nous surprendre en modifiant sensiblement nos projets en son sein et en défiant toutes nos prévisions même les plus analytiques. Et à ceux qui pensent que cette situation n’altère que des bateaux du type de ceux de nos rameurs, rappelez-vous de la Route du Rhum 2002 qui fut marquée par l’abandon de 15 multicoques de 60 pieds à quelques encablures du départ en raison d’un fort coup de vent sur l’Iroise ou encore de l’édition 1998 de la Sydney-Hobart qui fut endeuillée par la disparition de six marins avec seulement 44 des 115 concurrents qui réussirent à regagner la Tasmanie. L’histoire maritime et plus spécifiquement celle des courses au Large quelle que soit l’embarcation choisie ne comptent plus les récits qui démontrent combien la mer demeure par nature imprévisible. Ce sont finalement les plus novices de la flottille qui, par méfiance à l’égard d’un élément qu’ils ne connaissaient pas bien, ont embarqué suffisamment de vivres pour parer à toute éventualité. Bien leur en a pris. Lire la suite

J57 – Temps contre nourriture, l’équation des rameurs

Analyse de Mathieu Morverand, routeur de Rémy et d’Olivier Montiel.

A quelques encablures des côtes guyanaises, c’est maintenant le temps – celui qui passe et qui entame chaque jour le stock de vivres – qui fait le plus défaut aux rameurs. Temps contre nourriture, voilà précisément l’équation brute à laquelle plusieurs skippers sont cruellement confrontés. Le passage de la ligne nécessite même pour les plus proches au minimum une semaine de navigation et encore beaucoup d’énergie à dépenser. Sans un apport conséquent de calories, difficile d’imaginer des journées entières aux avirons d’autant plus si des courants contraires continuent de jouer ainsi avec le sort de nos marins. Autrement dit, pour terminer leur traversée, les skippers ont besoin de temps et par conséquent de nourriture en quantité suffisante pour le nombre de jours qu’il leur reste à naviguer. La pêche ne constituant pas une solution viable, tout au plus un complément, cette situation suppose nécessairement un ravitaillement en mer, et donc une assistance. Tous, à commencer par les rameurs, savent très bien qu’une telle assistance n’est pas conforme au règlement de l’épreuve. Pour autant, il n’est pas concevable de laisser en mer des marins sans nourriture. Que faire alors ? Difficile de répondre d’autant plus qu’un tel scénario ne s’est jamais produit au cours des précédentes éditions. L’envoi sur zone d’un navire ravitailleur pour ceux qui en auraient besoin ne constituerait-il pas une première piste de solution ? Ceci n’est que la proposition d’un observateur attentif mais à défaut de disposer d’autres hypothèses concevables sur un plan matériel, il est difficile pour l’heure de suggérer une autre solution qui convienne aux rameurs désormais confrontés à la dictature du temps. Lire la suite

J56 – Une situation délicate

Analyse de Mathieu Morverand, routeur de Rémy et d’Olivier Montiel.

Au moment du départ à Dakar, les rameurs n’imaginaient certainement pas se retrouver 56 jours plus tard encore en mer dans une situation aussi délicate qui ne leur laisse aucune perspective claire quant à leur date d’arrivée. Malgré une détermination hors du commun que l’ensemble des observateurs salue unanimement, les jours se sont inéluctablement enchaînés les uns aux autres et les skippers doivent maintenant faire face à une sérieuse pénurie de vivre. Après un inventaire méticuleux des fonds de cale, plusieurs d’entre eux ont fait le constat cruel d’un stock de nourriture manifestement insuffisant pour terminer la traversée. Personne ne pensait que l’aventure durerait aussi longtemps. Même avec une réserve plus ou moins conséquente, aucun chargement de vivres parmi la flottille n’a été dimensionné pour une si longue période. La pêche peut certes apporter quelques compléments nutritionnels mais cela ne peut en aucun cas satisfaire les besoins quotidiens de calories. Par ailleurs, si la configuration des éléments était conforme à celle des précédentes éditions avec un courant favorable sur leurs positions, on pourrait estimer une date d’arrivée avec une forte probabilité. Mais au lieu de cela, outre des courants contraires, des vents de Sud-Est liés à des ondulations de la ZIC viennent rajouter un degré de complexité en immobilisant une bonne partie de la flottille.

Positions et courants au 13 décembre

Positions et courants au 13 décembre

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